La valse des couleurs par l’illustratrice Yeji Yun

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Si l’Illustration est souvent considérée comme une décoration luxueuse mais dépendante du texte qu’elle accompagne, la dessinatrice coréenne Yeji Yun s’est affranchie des mots en créant un univers visuel autonome à la fois personnel, cohérent et accessible à tous. La mythologie qu’elle compose – patchwork aux accents vintages peuplé de souvenirs, de contes, de rencontres et de voyages – fusionne les influences occidentales et orientales dans un joyeux tourbillon de traits à la fois sauvages et épurés.

Après un diplôme de communication visuelle obtenu à la Hongik University, Yeji Yun part vivre à Londres pendant quelques temps où elle passe un master d’illustration à la Kingston University. Elle réalise, entre autre, des couvertures de roman, des livres pour enfant et collabore avec des restaurants, notamment Miss Ko à Paris pour lequel elle a illustré le menu.

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La fabrication des nuages

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Marcher sur la pointe des pieds sur la voie lactée

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Interview

Comment décririez-vous votre travail ?

Je compare souvent mon travail à un numéro d’équilibriste exécuté à la lisière de plusieurs univers antagonistes : entre la tragédie et la comédie, le monde sexualisé des adultes et celui naïf des enfants, la figure humaine et animale. En marchant su le fil de ces limites, j’essaye de créer des histoires avec des formes et des couleurs qui apportent un caractère propre à mon travail. Je filtre tout ce que j’ai vu, senti et vécu. Mon travail résulte aussi d’une sorte de volonté de communiquer avec les autres. Avec de l’humour, et si possible un véritable message qui apporte à mon dessin une énergie et une utilité.

Où puisez-vous votre inspiration ?

À vrai dire, j’ignore moi-même l’origine de mon imagination. J’aime observer les petites choses quotidiennes et je suis très sensible aux différentes émotions. Ça vient sans doute de là. Mais comme je suis empiriste, j’aime rencontrer les gens, découvrir des univers que je ne connais pas et visiter de nombreux endroits. L’inspiration est toujours là donc sans doute elle vient de l’accumulation de toutes ces petites expériences. Je voyage souvent, j’aime écouter la musique, regarder des films et lire des romans.

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photo by Jei Tootle

Quels sont vos artistes préférés ?

C’est difficile de choisir un artiste en particulier parce qu’il y en a trop et que mes gouts évoluent souvent. Je ne pourrais même pas tous les citer. Je possède des monographies d’artistes comme Kiki Smiths, Jockum Nordstrom, Marcel Dzama et Tove Jansson. J’aime beaucoup l’univers de Moomin troll dessiné par Tove Jansson, David Hockney et tous les artistes émergents.

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Quel a été votre premier travail en tant qu’illustratrice ?

J’ai décroché mon premier contrat quand j’étais encore étudiante à l’université. Une agence de design m’a demandé de faire des dessins pour un nouveau projet de livre illustré et de le présenter au salon des livres d’enfants à Bologne en Italie. Au départ j’avais envoyé mes dessins à cette agence pour chercher un petit travail pendant les vacances, et finalement ils m’ont proposé ce travail. C’est à cette occasion que j’ai, pour la première fois, pris l’avion et voyagé à l’étranger.

En ce moment, j’ai pas mal de travaux de styles différents. Je fais notamment un livre illustré pour enfants qui sortira sans doute cet été ou l’automne prochain.

Vos dessins sont-ils différents quand vous les faites à Seoul ou à Londres ?

Quand j’y pense maintenant, il y a sans aucun doute quelque chose qui stimule mon travail. À Londres, il y a beaucoup d’illustrateurs qui ont un style que j’apprécie et je suis donc souvent inspirée et motivée par leur travail. En revanche, en Corée, j’ai la sensation que les travaux des artistes ne sont pas souvent aboutis, alors je préfère m’isoler du milieu artistique. À Londres, comme ce n’est pas ma ville natale, il y a plein de choses nouvelles qui m’inspirent. De plus, c’est une ville très développée dans le domaine artistique. À Séoul, j’ai l’impression que tout le monde écoute la même musique, a le même visage et va dans les mêmes magasins dans la rue. Pourtant Séoul a un véritable charme même s’il est plutôt caché, et comme c’est la ville dans laquelle j’ai grandi, je m’y sens plus à l’aise pour travailler.

Quelle vision avez-vous de Seoul ?

Séoul expérimente beaucoup de nouvelles choses, mais, la plupart du temps, destinées aux masses ce qui fait que les cultures indépendantes et underground restent quand même en retrait. Pourtant, Séoul est une ville qui possède des possibilités sans limites. J’aime beaucoup les petits quartiers de Hongdae, Hannamdong et Noksapyung. J’aime aussi me promener à vélo sur les pistes cyclables qui longent la rivière Han.

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