Contes d’enfance par Kim Seung-Youn

Il est des troubles chez l’enfant que les mots peinent à exprimer, alors certains se réfugient dans le silence en laissant les maux s’enraciner.

Dans le très beau livre « Chapeau Renard », une petite fille taciturne et rêveuse s’isole du monde par peur du contact avec les autres tandis que dans « La jeune fille à la laine », une maman donne naissance à une enfant aux joues roses et douces mais qui ne parle pas. Un élément déclencheur ouvre finalement les deux fillettes au monde : la rencontre d’un tiers – un renardeau – dans chapeau renard et la découverte d’une activité – le tricot – dans la jeune fille à laine.

Les livres qu’imagine et dessine la Coréenne Seung-youn Kim s’adressent autant aux enfants qu’aux parents. Dans un style graphique épuré – qui alterne vides sereins et pleins subtils -, ses histoires abordent les thèmes de la solitude, la timidité et la séparation sans jamais tomber dans le sentimentalisme. C’est au contraire avec délicatesse et poésie que ses récits traduisent les problèmes liés à l’enfance.

Née en 1980 en Corée du sud, Kim Seung-Youn est une auteure, illustratrice et designer. Elle a créé en 2009 son studio graphique text context. Ses livres sont édités en France par la maison d’édition « didier jeunesse ».

 

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Interview

Quel rapport entretenez-vous avec le dessin ?

Avant tout, le dessin est un moyen pour moi d’exprimer mes émotions et mes sentiments. Avec le temps, j’ai pris conscience que tout ce que je ressentais étaient la somme de mes pensées, de mes goûts et de mon environnement. Comme un accouchement, tout ce que j’absorbe ressort par le dessin. Je pense que les artistes qui perçoivent « les bonnes choses » arrivent à créer des choses de qualité.

En dessinant, j’expulse toutes les choses négatives ou les souvenirs pénibles de ma vie. Ça a donc un effet thérapeutique et purgatoire. Pour moi dessiner est ma façon de me dévoiler.

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Comment écrivez-vous vos histoires ?

J’ai plusieurs manières de commencer une histoire. Souvent je m’inspire de souvenirs comme dans mon deuxième livre Yanyan (La jeune fille à la laine) pour lequel je suis partie d’une anecdote de mon d’enfance :  petite, j’avais l’habitude de fouiller en cachette le manteau de mon père et de sortir de ses poches des petites choses comme des pièces de monnaie ou des bonbons à la menthe. Ce sont des moments que j’ai vécus et que j’intègre dans mes histoires. Mes souvenirs sont filtrés et réécrits. Ensuite j’y ajoute plus ou moins des choses que j’invente, des situations imaginaires dans lesquelles je me projette.

Je suis une personne assez distraite et lunatique. Je change souvent d’avis. Par exemple, quand j’achète un cahier, je ne le commence jamais à la première page, mais je dessine au milieu puis j’en achète un nouveau avant de l’avoir entièrement rempli. Si bien que j’utilise plusieurs cahiers en même temps, un peu n’importe comment. J’ai essayé de changer ma personnalité, de devenir plus ordonnée et plus rigoureuse, mais je n’ai pas réussi. Finalement, faire des livres pour enfants m’a aidé à m’accepter tel que je suis.

Quand j’écris, je commence plusieurs histoires différentes en même temps en partant dans toutes les directions possibles. Puis petit à petit, je les fusionne toutes en une seule. C’est un processus assez long. Des fois l’histoire s’écrit facilement, mais la plupart du temps, je suis confronté à des obstacles qui m’obligent à réécrire des passages afin de rendre l’ensemble harmonieux et naturels. Puis un jour, comme par hasard, toutes ces petites histoires se relient entre elles et deviennent un récit unique.

Vous avez fondé votre propre studio de design text context. Pouvez-vous nous en parler ?

J’ai créé text context, pour plusieurs raisons, mais finalement, la raison principale est que j’en avais marre de ne rien faire et de constamment remettre les choses au lendemain. J’avais toujours plein d’idées et de projets, mais je ne les concrétisais jamais. J’en avais marre. Avec « Text Context », j’ai fait simplement ce que je voulais vraiment faire puis j’ai édité mon premier livre « Chapeau renard ». J’espère continuer Text Context jusqu’à la fin de mes jours.

Quel est votre livre préféré ?

En ce moment, mon livre préféré est « l’enfant né dans le monde » (세상에 태어난 아이) de la Japonaise Sano Yoko.

Enfant, j’adorais le livre « Jeon Woo Chi Jeon » <전우치전> publié par l’édition « Gyémongsa ». Plus tard j’ai découvert que son auteur était le peintre LEE Man Ik  le jour où je suis tombée sur une affiche qu’il avait faite pour la pièce de théâtre « Reine Myeongseong ». Quand j’étais enfant, j’ai vraiment adoré ce livre. J’étais fascinée par les visages espiègles des enfants. Comme c’était des dessins assez simples, je pouvais les refaire facilement.

Quel regard portez-vous sur Séoul?

Séoul est une ville gigantesque, presque sans fin où tout semble éloigné de tout. Tout change constamment. Bien que j’habite à Hongdae depuis plus de 10 ans, il n’y a pas un seul magasin où j’ai l’habitude d’aller. Parce que même si je découvre une boutique qui me plait, elle disparait rapidement. Le seul endroit qui reste, c’est la rivière Han. La nuit, en été, je m’allonge sur l’herbe avec mes amis en buvant de la bière. En journée on passe le temps en faisant du vélo. J’aime le moment où le métro traverse le fleuve. Je regarde les lumières éblouissantes se refléter sur cette grande étendue d’eau. La rivière Han est toujours là. C’est pour ça que j’aime bien Séoul. S’il n’y avait pas cette rivière, je pense que je détesterai Séoul.

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Le site Internet

http://blog.naver.com/uzumia

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