Le langage du vide par l’artiste coréen Lee Ufan

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Né en 1936 dans la petite ville de Haman-gun dans la province montagneuse de Gyeongsangnam-do en Corée du Sud, Lee Ufan est l’un des artistes coréens contemporains les plus influents sur la scène internationale. Si formellement, ses œuvres ont des résonances asiatiques, elles répondent en revanche à des préoccupations universelles.

Après des études de peinture orientale à Séoul, Lee Ufan (이우환) part s’installer au Japon en 1956, où il suit des cours de philosophie occidentale (il étudie notamment Nietzsche, Heidegger et Merleau-Ponty) à l’université Nihon à Tokyo en 1958. En 1968, il participe, en tant que théoricien, à la création du mouvement Mono-Ha (littéralement « l’école des choses ») qui regroupe des artistes dont la spécificité est d’utiliser des objets naturels non manufacturés ni altéré et de les faire dialoguer entre eux. Leur but est de réduire au minimum la démarche personnelle de l’artiste et mettre l’accent sur les relations entre les matériaux, l’espace et le spectateur.

« Montrer le monde tel qu’il est, sans en faire l’objet d’un acte de représentation qui l’oppose à l’homme « .

Lee Ufan écrit à propos de la démarche de Mono-han : « Le plus haut niveau d’expression n’est pas de créer quelque chose à partir de rien, mais plutôt d’utiliser quelque chose qui existe déjà, afin de révéler le monde plus vivement »

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Dans son travail de sculpture Lee Ufan, met en relation des éléments antagonistes. Il confronte des matériaux naturels (bois, pierres, coton) avec des matériaux industriels (métal, verre, miroirs) et joue avec les notions de vide, d’espace et d’énergie. A travers (l’équilibre de) leur contraste, les éléments révèlent leur forme, leur masse, leur rapport avec l’espace environnant.

Il a exposé dans de nombreux endroits prestigieux dont notamment le musée Guggenheim de New York, la Tate Modern de Londres, la Kunstmuseum de Bonn en Allemagne et le Musée d’Art de Yokohama, au Japon. Il investira, au printemps 2014, le chateau de Versailles en France.

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 » Quand une lourde pierre heurte une vitre, la vitre se brise. C’est une évidence. Dans une œuvre d’art, il ne faut pas que l’intervention de l’artiste soit trop effacée, sinon le résultat sera perçu comme un incident involontaire. En revanche, si le résultat est trop conforme à l’intention de l’artiste, l’œuvre sera dénué d’intérêt. Il en est de même si le geste de l’artiste est trop aléatoire. Quelque chose doit naître de la relation sensible entre l’artiste, le verre, la pierre. C’est uniquement quand la fissure résulte de l’adéquation de ces 3 éléments que le verre brisé devient un objet d’art. « 

Lee_U-Fan_museum Lee_U-Fan_museum1Ce qui l’intéresse, c’est d’explorer la relation topologique entre un lieu et un objet.

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« Une plaque de fer est un objet standardisé réalisé à partir du minerai de fer naturel. La pierre et le fer viennent tous les deux de la Nature, à la différence près que la première correspond à la nature sauvage et le second à la nature apprivoisée. Une plaque de fer placée entre des pierres fonctionne comme un pont. Par sa neutralité, elle ouvre le passage vers la Nature. L’oeuvre devient un lieu de médiation entre l’intérieur et l’extérieur. »(*)

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S’il privilégie l’immobilité dans ses sculptures, Lee Ufan choisit en revanche, dans ses peintures de laisser apparaître le geste.

Son travail pictural consiste en la trace, l’empreinte d’un mouvement (bleu se diluant) sur l’espace blanc d’une grande toile. Ses coups de pinceau, réduits au point et à la ligne, tendent vers la répétition d’un signe unique donc du vide.

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« Le geste de peindre naît dans la correspondance entre la toile et lui, et ce geste ne m’appartient pas entièrement puisqu’il est aussi le fait de la toile. Il est double, ambivalent, au sens où Merleau-Ponty parle de l’«ambivalence» de l’action. Et c’est par là que la toile gagne l’absolu et la vie, au-delà de la logique et de l’écriture de signes. »(*)

A Paris, Lee Ufan est représenté par la Galerie Kamel Mennour.

* Lire l’entretien accordé à Libération

 

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