Mélodie coréenne – Hachi & Eri

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Duo atypique sur la scène musicale coréenne, le groupe éponyme Hachi & Eri est né de la rencontre entre le facétieux Hachi – auteur-compositeur japonais au passé de rockeur – et la belle Eri, dont la voix claire et profonde, façonnée par des années de Pansori (chant traditionnel coréen), cisèle en une forme minérale et aérienne les chansons écrites par Hachi.

Les accords suaves du ukulélé enveloppent les mélodies pétillantes et pleines de légèreté de leur premier album sorti en 2011, dont le titre ‘꽃들이 피웠네’ (Les fleures sont fleuries) résonne comme une ode à la nature. Une certaine idée du bonheur.



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Pouvez-vous nous présenter votre musique ?
Eri : Notre musique est plutôt joyeuse et légère. Certains disent que notre premier album est écolo, car les paroles de nos chansons sont généralement en rapport avec la nature. C’est vrai qu’on utilise souvent des mots comme oiseaux, vent et fleurs. Pour notre deuxième album, actuellement en préparation, nous essayons de diversifier les thèmes. Nous aimons aussi chanter différents genres de musiques en l’adaptant à notre style – comme les chants traditionnels ou les vieilles chansons folks.

Hachi : Pour résumer je dirai que nous faisons de l’Asian mixed pop music ! Même si c’est utopique, je veux rendre heureux les gens qui écoutent notre musique ! Nous sommes en train d’enregistrer notre deuxième album. Pour le premier, j’ai composé et écrit l’ensemble des paroles et des musiques, mais pour le deuxième, nous travaillons ensemble avec Aeri.

Comment est née l’idée de créer un groupe ensemble ?
Eri : A l’époque, j’étais encore étudiante et je chantais des chants traditionnels coréens dans un café quand Hajji m’a contacté. Comme j’étais très occupée par mes études, je n’ai pas donné suite. Un an plus tard, on s’est croisé par hasard dans un bus en direction de Hongdae. Hajji était en train d’aller quelque part pour donner un concert alors je l’ai accompagné pour le voir jouer. Et voilà maintenant nous avons monté le groupe « Hachi & Eri ». Je chantais du Hanobeknyeon (chant traditionnel coréen) et Hajji jouait du kkwaengwari (percussion traditionnelle coréenne). J’ai pensé que les deux créaient une harmonie complémentaire.

Hachi, avant, vous étiez guitariste dans un groupe de rock au Japon. Votre musique est très sensible et féminine. Depuis quand composez-vous ?
Hachi : J’ai commencé à composer quand j’avais 18 ans et j’écris les paroles depuis maintenant 8 ans. La mélodie descend du ciel de temps en temps et les paroles arrivent ensuite toutes seules.

Pourquoi utilisez-vous le Ukelele plutôt que la guitare ?
Eri : L’utilisation du ukulélé rajoute un côté amusant et enfantin à nos morceaux. On voit d’ailleurs souvent des enfants venir à nos concerts accompagnés de leurs mamans.
Hachi : Un jour, quand j’avais encore mon groupe à Tokyo, j’ai joué par hasard du ukulele. Le son qui en est sorti était très joli et clair. Ça m’a consolé. Depuis, je suis tombé amoureux de cet instrument.

Eri, vous avez une voix à la fois claire et profonde. Est-ce votre voix naturelle ou bien a-t’elle changé en faisant Pansori* ?
J’ai commencé le Pansori quand j’avais 7ans, ça fait maintenant 20 ans. Quand je dis ça, les gens pensent que j’ai commencé très tôt. Le Pansori nécessite une technique vocale difficile, donc en général on commence assez tôt à l’apprendre, même si ce n’est pas une obligation. Comme on s’entraîne beaucoup pour avoir cette voix particulière, les cordes vocales sont abimées, alors la plupart des chanteurs de Pansori ont une voix grave. Mais bizarrement ma voix est plutôt claire. Je ne sais pas pourquoi. Je pense que ça varie aussi selon les styles chantés. Quand je chante le Pansori, ma voix est assez grave, mais quand je chante pour Hajji et Aeri, j’ai remarqué que j’avais aussi cette voix claire.

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Vous avez commencé le Pansori après avoir regardé le film ‘Seopyeonje’ (« La chanteuse de pansori » réalisé par Im Kwon-taek).

Ce film a eu un impact considérable auprès du public. Il est sorti quand j’avais 7 ans. A l’époque, j’ai été très choquée par la scène où le père rend sa fille aveugle afin qu’elle devienne une bonne chanteuse de Pansori. Malgré tout je voulais devenir comme le personnage de Songhwa.

Vous allez régulièrement à la campagne pour travailler votre voix. Comment se passe l’entrainement ?
Avant pour façonner sa voix au Pansori, on chantait sous une cascade à la montagne pour couvrir le bruit de l’eau jusqu’à cracher du sang. Aujourd’hui, cette pratique a disparu, mais je continue à m’entrainer dans la montagne. Ca s’appelle le Sangongboo (études à la montagne). Quand j’étais petite, j’avais une professeure très sévère. Elle me fouettait avec une branche d’arbre. Je m’entraînais vraiment à côté d’une chute d’eau, assise sur un rocher. Je continue à le faire toute seule. Je vais au milieu de la nature sauvage pour faire des exercices vocales. Mais c’est aussi une occasion de m’isoler et de méditer. En général je reste un mois. Il n’y a ni internet ni téléphone portable. Mais j’apporte mon ordinateur avec plein de bons films que je regarde la nuit. Maintenant je veux retourner à la montagne.

Que pensez-vous de Séoul ? Quel est votre lieu préféré pour les concerts?
Eri : J’ai grandi à la campagne jusqu’à l’âge de 20 ans puis je me suis installée en ville. J’aime l’aspect naturel de la campagne et le raffinement de la ville. Quand je retourne chez mes parents, je grimpe dans les kakis pour ramasser les fruits que je mange sur place. En ville je ne peux pas imaginer faire ce genre de chose. Mais j’aime aussi me promener dans les petites ruelles et dans les anciens palais à Séoul, ce paysage est aussi charmant.
Pour les concerts, j’aime beaucoup le Café Veloso à Hongdae. Il s’y dégage l’ambiance libre de Hongdae, et possède les qualités nécessaires pour accueillir les concerts. Mais surtout, j’aime les gens du Veloso qui sont gentils et sympas.
Hachi : J’aime Séoul parce qu’il y a beaucoup de montagnes même si c’est une ville.
Pour les concerts, j’aime tous les endroits ou je peux jouer ma musique. Actuellement, je suis directeur musical pour la pièce de théâtre ‘Choi Mac Sim’ (inspiré de Zorba le grec) jouée au Myeongdong Art théâtre.

* Le pansori, qui signifie « chant du marché » est l’art coréen traditionnel du récit chanté caractérisé par son rythme et ses mélodies particulières.


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©cahier de seoul

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